Un test menaçant pour la démocratie au Ghana

Le Ghana est souvent considéré comme l’un des succès de la démocratie africaine. Depuis plus de 25 ans, il y a eu des élections régulières avec des transitions pacifiques d’un parti politique à un autre. En un peu plus d’un mois, cependant, la démocratie du Ghana pourrait faire face à la plus grande crise depuis des années.

Il y a peu de temps, nous avons pris note des commentaires du Président John Mahama devant l’Assemblée générale des Nations Unies dans lesquels il a gentiment dit à la communauté internationale de ne pas examiner la démocratie de son pays. Il y a des raisons pour son attitude défensive apparente. Il y a de plus en plus de preuves que le mécontentement du public, couplé aux lacunes des procédures de vote, pourrait créer une situation tendue et incertaine.

Une analyse publiée dans la revue World Politics Review du 11 octobre a fait état d’un sondage mené par le Ghana Center for Democratic Development, qui a révélé que 70% des personnes interrogées pensent que le pays va dans la mauvaise direction. Une enquête Afro-barométrique montrait une grande méfiance à l’égard de deux institutions centrales pour la stabilité démocratique du Ghana, la magistrature du pays et la Commission Électorale indépendante (CE). De 1999 à 2012, en moyenne, 32 pour cent des personnes ont déclaré avoir peu ou pas confiance dans la commission électorale, alors que 39 pour cent ont la même opinion des tribunaux de la nation. En 2014, ces chiffres ont explosé de façon spectaculaire, avec 59 pour cent exprimant peu ou pas confiance dans la CE et 54 pour cent exprimant la même chose au sujet des tribunaux, selon ce sondage publié en Octobre. Plus tôt ce mois-ci, l’indice Mo Ibrahim de 2016 a classé le Ghana au huitième rang des pays le plus dégradé en termes de gouvernance globale au cours de la dernière décennie et il y a eu une forte augmentation des émeutes et des manifestations au cours des dernières années, surtout concernant les besoins fondamentaux tels que l’électricité et l’emplois.

Le Ghana a longtemps bénéficié de dirigeants qui étaient attachés à la démocratie et ont cédé à l’État de Droit pour éviter des élections rapprochées. Grâce à l’abondance des ressources naturelles, comme les minéraux, le PIB du Ghana a quadruplé, le taux de pauvreté a été réduit de moitié, l’accès à l’éducation élargi et des soins médicaux gratuits ont été fournis aux citoyens dans la première décennie de ce siècle. La découverte du pétrole en 2010 devrait permettre d’améliorer les possibilités économiques pour les citoyens du pays.

L’élection de cette année sera de nouveau Nana Akufo-Addo contre Mahama. Leur concours en  2012 a été très proche et a alimenté des tensions. Cette année, il a de nouveau pris un ton net. Dans un récent discours, Akufo-Addo a accusé Mahama d’avoir gaspillé la richesse pétrolière et d’être hors contact avec les personnes qui ont lutté économiquement.

« Le président Mahama pourrait ne pas reconnaître les souffrances du peuple Ghanéen et ne pas entendre leurs cris parce qu’il s’est malheureusement isolé de la réalité sur terrain », a-t-il déclaré lors d’un grand rassemblement à Accra.

Certes, les responsables gouvernementaux et les groupes de la société civile veulent éviter toute menace à la démocratie du pays. La Voix de l’Amérique a noté que les fonctionnaires de police ghanéens prévoient de rencontrer les dirigeants de la communauté musulmane pour assurer un scrutin pacifique et sécurisé. La police a lancé une campagne d’éducation nationale utilisant des plateformes de masse et de médias sociaux pour engager le public à soutenir les élections pacifiques.

Si les élections se déroulent pacifiquement et que les résultats sont acceptés sans incident, ou jugés équitables (dans le cas d’une victoire minutieuse de part et d’autre), le peuple Ghanéen et la communauté internationale pourront pousser un soupir de soulagement. Mais cela ne devrait pas être une invitation à la complaisance par ceux élus pour servir aussi bien que les électeurs. L’érosion de la confiance des citoyens dans les institutions et le scepticisme au sujet de la réceptivité et de la responsabilité du gouvernement à des niveaux sera un signal fort. La démocratie dépend de la transparence, l’engagement citoyen et la preuve que le gouvernement s’efforce, au moins avec honnêteté, de livrer ce que les électeurs veulent.