Les sanctions en RDC commencent à prendre forme, et doivent être étendues

En ce qui concerne la République Démocratique du Congo (RDC), les États-Unis ont une décision urgente et compliquée à prendre. Les USA peuvent soit étendre les sanctions ciblées et autres pressions financières afin d’aider à faciliter la fin constitutionnelle de l’échec présidentiel de Joseph Kabila. Ou ils peuvent maintenir le statu quo au risque de voir cette nation, de 80 millions de personnes, se retrouvait plonger dans le chaos et la violence.

Kabila a pris les rênes de la RDC lors de l’assassinat de son père, Laurent Kabila. En 2006, Joseph Kabila a été élu pour premier mandat Présidentiel complet suite à un scrutin jugé raisonnablement libre et équitable par la communauté internationale. Cependant, sa réélection en 2011 a été largement considérée comme frauduleuse et illégitime. En vertu de la Constitution congolaise, Kabila doit quitter ses fonctions le 19 Décembre 2016, mais au cours de ces 20 derniers mois, il s’est engagé dans une série de manœuvres mensongères et mortelles, afin d’éviter cette réalité et tenter ainsi de conserver le pouvoir après l’expiration de son mandat constitutionnel.

En Janvier 2015, Kabila a proposé de reporter les élections dans l’attente qu’un recensement national soit mené. Les manifestants ont envahi les rues de Kinshasa en insistant sur l’exercice de leur droit de choisir librement et équitablement leur prochain Président. Ce droit est garanti par la Constitution que Kabila lui-même a fièrement paradé auprès du parlement national en 2005. La réaction de Kabila aux protestations a été rapide. Officiellement, 42 personnes ont perdu la vie, abattu par la police de Kabila, dirigé par Celestin Kanyama. Cependant, une fosse commune en dehors de Kinshasa contenant plus de 400 corps, suggère que le nombre de vies était significativement plus élevé que celle qui fut rapporté. Le gouvernement n’a jamais donné d’explications satisfaisantes concernant l’existence de cette tombe.

Après l’échec du recensement en 2015, Kabila a décidé d’appeler à un «dialogue national» afin de discuter de la manière dont le Congo devait être gouverné. Il a suggéré que les chefs traditionnels, les membres du parlement, les représentants locaux, la communauté des affaires et d’autres participent à cette assemblée. L’opposition a sagement vu cela comme un stratagème dans le but de retarder les élections bien après la fin du mandat de Kabila, et a ainsi refusé d’y assister.

Le 4 Août 2016, lors d’une visite en Ouganda, le président Kabila a déclaré que le calendrier électoral ne serait uniquement annoncé que lorsque la CENI aura terminé son travail d’enregistrement des électeurs. Une tâche compliquée à réaliser car il manque les fonds nécessaires. Ce genre de manœuvre cynique de la part de Kabila démontre clairement que l’espace politique est définitivement fermé et qu’il a bien l’intention de rester au pouvoir.

Dans un peu plus d’un mois, le 19 Septembre 2016, la commission électorale du pays, la CENI, est censé communiquer officiellement la date pour les élections. Cependant, Kabila a longtemps refusé le financement de la CENI pour que l’institution ne soit pas en mesure d’enregistrer de nouveaux électeurs et ainsi organiser les élections. Cela rendrait impossible la tenue d’élections pour élire un nouveau président et que Kabila quitte la présidence le 19 Décembre comme la Constitution l’exige. Kabila compte sur la préoccupation de la communauté internationale sur d’autres sujets, pour qu’elle n’ait pas le temps de se soucier de la situation du Congo.

Néanmoins, les États-Unis et d’autres pays ont gardé un œil sur Kabila pendant des années. Après 15 ans, le régime de Kabila est en plein désarroi. Kabila ne fait confiance à personne. Personne ne peut dire de quoi l’avenir sera fait. Les principaux membres du régime vacillent entre rester et abandonner leurs postes. La plupart des membres du régime ont emballés leurs affaires au cas où le pire venait à se produire. La gouvernance centralisée a été plus ou moins un mythe pendant de nombreuses années. En auto-survie, les bureaucrates de niveau intermédiaire espèrent que les entreprises et aux autres individus vont parvenir à extorquer de fausses amendes et impôts. Au moins 80% de Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté extrême, décrit comme le revenu journalier de moins de 1,25 $ / jour. Le régime est conscient du mécontentement du peuple sur ses échecs.

Après un lobbying intense par les membres du Congrès et des Organisations Non-Gouvernementales, l’administration Obama a imposé des sanctions en Juin dernier, contre Celestin Kanyama, le chef de la police de Kinshasa impliqué dans les violences à Kinshasa en Janvier 2015. Son nom a été ajouté à la liste des personnes désignées pour cible en vertu du décret exécutif 13413 signé par le président George W. Bush en 2006, qui permet d’imposer des sanctions afin de  bloquer les biens et les intérêts des personnes qui ont été engagés ou sont complices de ceux qui sont engagés, dans des activités paramilitaires et dans un éventail d’actions de violations des droits de l’homme. Le régime des sanctions a été renforcé en 2014. Bien que les membres du Congrès soient souvent sceptiques quant à l’utilisation de ce type de sanctions, ces dernières fonctionnent, et ont besoin d’être étendues immédiatement. Voici pourquoi :

Les sanctions ciblées devraient fonctionner normalement dans les pays qui ont un contrôle centralisé. Or, Kabila contrôle peu, ainsi son emprise sur l’armée et les militaires est moindre, tout comme le fait qu’il est plus difficile de payer ses soldats. En raison de la corruption endémique et la chute vertigineuse des prix du cuivre, l’économie et le gouvernement central sont à deux doigts de basculer. Le régime est maintenu par une poignée de personnes. Si ces dernières deviennent craintives pour leurs biens personnels, ils abandonneront l’envie de se prêter à ce petit jeu. C’est aussi simple que cela.

On remarque déjà les effets positifs des sanctions contre Kanyama. Le 31 Juillet, environ 500 000 personnes se sont rassemblées à Kinshasa pour accueillir le chef de l’opposition Etienne Tshisekedi et le Rassemblement. Il y avait très peu de violence ce qui est, pour des manifestations en RDC, assez rare. Des associés proches de Kanyama indiquent que leur supérieur avait été très clair. Pas de violence. Pourquoi? Il est personnellement convaincu de futures accusations américaines par la Cour pénale internationale. Il est également la cible des sanctions existantes, et il trouve incommode qu’il ne puisse pas transférer son argent auprès des banques de la RDC vers l’Europe. Le grand avantage que les sanctions ont en RDC par rapport aux autres pays est que, pour un certain temps maintenant, la RDC a eu une économie basée sur le dollar. La plupart des gens appartenant au régime ont des comptes en dollars américains. Toute personne sur la liste des sanctions ne sera en mesure de transférer son argent. Rien que d’y penser, cela évoque la panique.

En outre, si on prend en considération le fait que Darryl Lewis, un consultant en sécurité américain, auprès d’un membre de l’opposition, Moise Katumbi, poursuit Kalevala Mutond, administrateur de l’agence de renseignement de la RDC (l’ANR) et le Ministre de la Justice Thambwe Mwamba concernant la torture qu’il a subit lors de sa détention illégale de six semaines. Ce procès, comme les sanctions, pourrait très bien avoir eu un impact sur le comportement de Kalev et Thambwe.

D’autres membres du régime devraient être sanctionné en vertu du Décret exécutif 13413. En touchant les partisans du régime qui se sont engagés dans des activités sujettes à des sanctions, les Etats-Unis veulent montrer leur détermination à utiliser la loi contre un régime en perdition. Ajouter des noms à la liste convaincra les partisans du régime qu’abandonner le navire est une sage décision. Ne rien faire, reviendrait à dire que les États-Unis ne sont pas prêt à aller plus loin, qu’ils sont prêt à accepter l’emprise anticonstitutionnelle de Kabila sur le pouvoir après le 19 Décembre. Ne rien faire et permettre à Kabila de continuer à retarder les élections est une garantie que le peuple de la RDC ne se laissera pas faire, et dans ce cas, beaucoup risque de mourir.